La marche de l’opposition en débat
La marche des leaders des principales formations politiques se réclamant de l’opposition fera date. Elle resitue désormais mieux cette opposition. Elle donne à celle-ci une identité et la crédite d’une destination. Nous sortons ainsi d’une période de flou avec un magma de groupes indiscernables, manifestant une volonté plutôt molle de marquer leur territoire sur l’échiquier politique. L’opposition s’affirme désormais comme un ensemble plus organiquement soudé. On ne la déclarera plus « opposition non déclarée ».

La prompte réaction de ce dernier, en payant les primes dues aux agents de santé en grève, dès l’annonce de la marche, a tout l’air d’un baroud d’honneur. Comme s’il s’agissait, en désespoir de cause, d’enlever aux marcheurs aussi bien l’argument que le prétexte de la marche, d’en réduire ou d’en amoindrir la portée, à défaut de l’annuler.
Il restera à s’interroger sur le bien fondé de la stratégie des marcheurs qui se sont faits, à l’occasion, plus syndicalistes que politiciens. Ils semblaient plus mobilisés sur des revendications catégorielles d’un groupe de travailleurs. Là où l’on aurait voulu les voir manifester une vue large et longue sur la gouvernance en général, l’état de la démocratie en particulier, par delà les intérêts d’une chapelle, d’un clan, d’une caste, d’une corporation.. On ne peut s’attendre à moins de leaders qui ont occupé de très hautes fonctions et qui aspirent à de plus éminentes encore. Il leur fallait, à ce titre et pour cette raison, assumer la nation toute entière, dans ses problèmes généraux dont dépendent tous les autres bobos qui affectent différents corps de métier. C’est en ayant l’œil sur l’échelle tout entière qu’on s’assure mieux de ce qui ne tourne pas rond au niveau de ses différents échelons.
Voilà un problème de fond qui mériterait d’être mis en débat dans notre jeune démocratie. Quand un politicien comme Lionel Agbo s’empare d’un thème comme celui ayant trait au secteur du GSM dans notre pays, il marche incontestablement sur les plates bandes de nombre d’organisations de la société civile. Alors questions. Que vise-t-il très exactement ? A-t-il voulu s’emparer stratégiquement d’un thème porteur pour se faire une santé politique ? A-t-il jugé utile de venir en renfort à la société civile en apportant à celle-ci le poids et la caution du politicien ? A-t-il plutôt estimé nécessaire, prétextant du fait que tout est avant tout politique, d’aller chasser partout où besoin sera, aucun sujet d’intérêt national ne devant être tabou, ne devant être la propriété exclusive d’un groupe de citoyens ?
Les partis politiques ne sont pas des syndicats. Même si, bien souvent, dans les luttes sociales, les premiers et les seconds se retrouvent sur les mêmes positions et dans le même camp. Ils se donnent alors la main, regardent dans la même direction, lient leur destin. Mais ces rencontres sont commandées par la logique des contextes, l’enchaînement des événements.
L’espace du politique ne se confond pas avec celui du syndicaliste. Chacun chez soi et chacun pour soi ! Et pourquoi donc s’il en est ainsi, les politiques porteraient-ils les revendications d’un groupe de travailleurs, les agents de santé en l’occurrence ? Pourquoi et au nom de quoi oublieraient-ils les journalistes ? Ignoreraient-ils les professeurs des différents ordres d’enseignement ? Feraient-ils l’impasse sur les revendications des agents de l’eau, de l’électricité, sur celles des dockers du port ?
La logique des choses, à partir de la marche du 28 mai 2009, voudrait que l’opposition se prépare à organiser d’autres marches, pour porter les revendications d’autres catégories sociales, pour espérer, encore une fois, forcer la main au gouvernement à la satisfaction des travailleurs. Tout se passe comme si ceux-ci, après de longs mois de grève, n’obtiennent gain de cause que si les politiciens s’en mêlent. Alors, nous savons à quelle porte nous devons désormais frapper.
Plus sérieusement, ce mélange des genres n’est-il pas en train de dessiner les contours d’une nouvelle manière de faire et de vivre la politique au-delà des frontières traditionnelles, reconnues et acceptées de l’implication du politicien dans la bagarre sociale ? Peut-être même que nous sommes en train de réinventer la pratique politique, sans le savoir et sans en avoir l’air, comme Monsieur Jourdain faisait de la propose. On peut ouvrir un débat sur le sujet que nous balançons comme un gros caillou dans le marigot de tous ceux qui veulent en être parties prenantes.
Jérôme Carlos
La chronique du jour du 3 juin 2009
Comments
- Kris
Posted by: Ultra ugg | octobre 18, 2010 05:27 AM