Pour rectifier ce qui a pu être dit dans la presse au sujet du départ de FCBE de Wallis Zoumarou, André Dassoundo au nom d’un certain nombre de ses collègues, a clarifié leur position sur la question et révélé les causes de ce type de départ. Il met l’accent sur le malaise profond au sein même de la famille FCBE et les voies à explorer par le chef de l’Etat pour non seulement ramener la confiance au sein de FCBE, mais également apaiser la tension politique nationale.
Le Départ de Wallis Zoumarou est sans nul doute un signe de mécontentement au sein de la majorité présidentielle. Qu’en dite-vous ?
Je vous assure et je vous rassure qu’effectivement il y a mécontentement. Si quelqu’un dit aujourd’hui au sein du parlement qu’il n’y a pas mécontentement, la personne aurait trompé le chef de l’Etat, la classe politique et les citoyens. Il y a vraiment un malaise à l’intérieur de la famille Fcbe et je pense que ce qui vient de se passer par rapport à l’honorable Zoumarou est annonciateur de quelque chose qu’il faut prendre très au sérieux ; parce Zoumarou n’est pas le genre de député à se laisser débaucher. J’ai entendu dans certaines presses qu’il a été débauché. Non ! Zoumarou était déjà dans l’arêne politique au moment où moi j’étais encore en classe de 1ère et j’ai déjà fini les études médicales, il y a 20 ans. Zoumarou était Directeur commercial et financier de l’ex Sonadah, et était déjà un administrateur des douanes, directeur général de l’Onp, Dg de l’Ibetex, Dg de la douane, ministre de l’industrie, député pour la 2è fois. Je pense que c’est un monsieur à parcours politique édifiant. Donc s’il prend la décision de sortir du rang des cauris, c’est parce qu’il y a quelque chose.
Et je pense qu’en ce moment précis, le Chef de l’Etat doit être attentif à cela pour ne pas penser qu’il s’agit d’un débauchage, mais prendre la mesure de la chose et organiser une discussion approfondie avec sa troupe de manière à resserrer les rangs. Sinon, moi je pense que nous sommes entrain d’aller à une petite dérive et ça peut être dommageable ; non seulement pour les députés, mais aussi pour l‘ensemble de la classe politique et pour l’avenir politique de tout ce que nous appelons aujourd’hui Fcbe. Il y a quelque chose qui ne marche pas et je pense que le Chef de l’Etat devrait saisir l’occasion du départ de Zoumarou pour chercher à le résoudre. Autrement nous allons perdre les pédales.
Au sein des Forces Cauris et en particulier à l’assemblée nationale, j’avais déjà dit une fois que le débat ne se mène pas de la manière dont il fallait et qu’il y avait des gens qui avaient un intérêt particulier à mentir au Chef de l’Etat, à écrire des tracts, à exercer des pressions, à vouloir se faire valoir auprès du Chef de l’Etat tout en ayant aucune qualification pour le faire. Le résultat, c’est qu’on atteint un niveau où le parlement fonctionne dans un désordre total, amenant donc chaque député à être livré pratiquement à lui-même, ou à faire ses analyses politiques et à vouloir se réorienter tout seul. C’est quand-même un problème et je pense qu’il est nécessaire de le corriger rapidement.
« il y a des gens qui avaient un intérêt particulier à mentir au Chef de l’Etat » Vous avez parlé des discussions approfondies que le Chef de l’Etat doit engager avec les Fcbe en tenant compte de la situation actuelle. Quelles pourraient être les angles que vous lui suggéreriez ?
Aujourd’hui, le Chef de l’Etat devrait savoir qu’il y a des choses qui sont très importantes pour les députés, tel leur électorat. Il fallait faire attention à cela et les préserver. Ne pas vouloir en même temps du soutien d’un groupe politique et faire en sorte que l’électorat de ce groupe soit menacé. C’est très important, parce que les députés sont attentifs à cela. Vous savez, nous étions à 53 dans la majorité, 53 députés contre 30. En début de législature, nous étions 48, mais Force clé et l’honorable Aditi nous ont rejoints pour faire les 53.
Et au fur et à mesure qu’on avançait, les choses se sont dégradées jusqu’à ce qu’on soit retombé à 35. Il y a deux autres qui nous ont rejoints et puis là encore, on commence par enregistrer des départs. C’est la preuve qu’il y a quelque chose et ce n’est pas une question individuelle. Ce n’est pas des questions personnelles à régler. Je pense que c’est un problème structurel global à régler de manière à ce que la famille fcbe se resserre. Aujourd’hui, elle est en lambeaux et il faut tout faire pour éviter le pire.
Le Départ de Zoumarou doit-il être considéré comme un débauchage ?
A mon avis, le départ de Zoumarou ne peut jamais être assimilé à un débauchage. D’abord qui peut débaucher Zoumarou ? Et à quel prix ?. Je crois que Zoumarou est un intellectuel et il a fait ses preuves politiques. Il a une certaine notoriété et a un certain âge. Et ce n’est pas à cet âge-là qu’on se laisse aussi facilement débaucher.
« Ne pas vouloir en même temps du soutien d’un groupe politique et faire en sorte que l’électorat de ce groupe soit menacé » Quelles décisions clés doit prendre le Chef de l’Etat pour que la tension soit réglée aussi bien à l’Assemblée qu’au niveau national?
Le Chef de l’Etat a besoin de réhabiliter un certain nombre d’acteurs politiques de sa troupe qui ont été, pour une raison ou une autre, vilipendé inutilement parce qu’il y a de la qualité au sein des cauris. Malheureusement, il y a aussi de la racaille. Ceux qui pensent qu’ils doivent se rapprocher du Chef de l’Etat le font très maladroitement. Ils ont pris le temps de l’étudier et de savoir quelles sont les choses pour lesquelles il a un petit faible, et ils jouent sur ça. Des informations pas justes et prises à la hâte, la calomnie, le mensonge à grande échelle. La dernière fois, on était tranquillement au parlement, le secrétaire parlementaire décide pour une raison certainement politique et interne à son groupe, de ne pas être dans l’hémicycle.
Pendant qu’on était là, les gens ont pris le téléphone pour appeler le Chef de l’Etat pour lui dire que c’est telle ou telle personne qui ont organisé le départ du secrétaire parlementaire, et on désigne des députés de la majorité qui étaient présents, assis dans l’hémicycle. Or vous savez que le Président de la république est un homme qui réagit spontanément. Ce qui nous fait penser qu’il est un homme à qui il ne faut pas mentir. Il ne faut pas lui rapporter de fausses informations, parce que le faisant, la réaction qu’il aura ne permet pas souvent de rattraper les dégâts. Nous avons compris donc la nécessité pour nous de la majorité de lui dire la vérité. Rien que la vérité.
Si on lui avait apporté la vérité, rien que la vérité, depuis le début de la législature, je suis convaincu que nous aurions pu éviter tout ce qui arrive aujourd’hui. Trop de mensonges, trop de décisions ou de réactions épidermiques font aujourd’hui que le président lui même ne sait plus exactement qui dit la vérité. Il a ses hommes de confiance qui sont là, ce qui est normal. Parce que moi André Dassoundo, j’ai toujours dit, quand tout le monde l’aura abandonné, je serai là. Mais il y a des gens qui ne veulent pas entendre la chose de cette oreille et qui pensent qu’il faut en finir avec Dassoundo. A partir de ce moment, chacun a sa méthode de travail. On ne peut pas se mettre tous les jours à raconter des histoires sur les autres. Moi, je ne peux pas faire cela. Mais malheureusement, c’est cela la méthode de travail de certains hommes politiques au sein des Forces cauris.
Et je pense que ceux là travaillent pour que le président de la république échoue. C’est dommage. Parce que quand les gens comme les Zoumarou seront partis, vous allez constater que l’hémorragie ne s’arrêtera pas. Et si rien n’était fait elle atteindra un niveau tel que le chef de l’Etat sera fragilisé.
Est-ce le but visé par ceux qui lui mentent ? t
el n’est pas notre objectif à nous autres. C’est pour ça je pense que tous les hommes politiques qui sont autour de Yayi doivent lui dire la vérité et rien que la vérité. Parce que c’est ça seulement qui lui permettra de prendre de bonnes décisions, puisque nous savons qu’il prend des décisions vite et à chaud.
Les Journées de réflexion des 27 et 28 Novembre prochain. Est-ce le créneau utile ?
Personnellement, j’ai dit au Chef de l’Etat un certain nombre de fois qu’il fallait organiser une concertation politique nationale inclusive n’excluant personne pour faire un débat et tirer des conclusions. Mais je pense aussi que si cette méthode était adoptée, nous devons prendre le temps de préparer la rencontre, d’avertir les partenaires en face pour que chaque groupe politique puisse s’organiser et qu’on fixe de commun accord pratiquement la date à laquelle on doit se voir pour un débat profond et fécond.
Par contre, si nous mettons une conférence à une semaine et que les formations politiques n’ont pas le temps de réunir leurs états majors, de peaufiner leurs argumentaires et de dire clairement ce qu’elles souhaitent, ça pourrait être une séance de plus. Et ce serait dommage. Parce que si nous y allons sans pouvoir se dire la vérité, afin que chacun puisse sortir avec une plate-forme sur laquelle on se serait entendu, ce serait prendre le risque de crisper davantage la situation. Je pense que c’est une bonne idée d’ouvrir un débat politique, mais il fallait à mon avis prendre des précautions pour que ce débat soit fait dans des conditions pratiquement acceptées par tout le monde et de façon plus sereine.
Pensez-vous qu’il est encore possible de rectifier le tir ?
Je pense que le Chef de l’Etat a toutes les cartes en main. S’il décide aujourd’hui de mettre la balle là où il faut, d’ouvrir le débat, de discuter, parce que chaque parti politique, par essence, est né pour prendre le pouvoir, l’exercer, nous (Fcbe) devons regarder parmi tous les partis politiques que nous avons en face, les partenaires avec lesquels nous devons fonctionner pour la rentabilité de notre action. Très naïvement, moi je vois par exemple la Rb avec qui nous pouvons discuter en profondeur et nous entendre sur quelque chose. Je pense que le Psd et le Madep sont des partenaires qui peuvent aussi être complètement stratégiques. Y compris Force clé.
A partir du moment où nous savons exactement ce que ces formations politiques veulent avoir pour fonctionner avec nous, nous mettrons tout en marche pour que le fonctionnement soit harmonieux. Je pense que le Chef de l’Etat a les possibilités de faire ces choses-là. Autour de lui, nous Forces Cauris devront tout mettre en oeuvre pour l’aider, et non aller en guerre contre les gens. Puisque, il n’est pas possible de faire fonctionner un parlement sans une majorité. Sans la majorité, vous ne pouvez rien faire. Vous pouvez dire que les députés d’en face sont exigeants ou mafieux. Mais il n’est pas possible de les remplacer avant la fin de la mandature. Il est donc nécessaire de tenir compte d’eux dans leur état et dans leurs conditions actuelles jusqu’à traverser la période. Et à partir de ce moment il y a des attitudes politiques à avoir. Encore que moi je pense que véritablement, je ne vois pas les membres de la Rb comme des opposants farouches, déterminés à casser ou à détruire la majorité. Il en est de même pour les autres formations politiques, notamment le Madep, le Psd ou autres. Parce qu’ils étaient tous là au début.
« Le parlement fonctionne dans un désordre total, amenant donc chaque député à être livré pratiquement à lui-même, »
Il semble pourtant que les exigences des partenaires d’en face sont inconciliables. J’ai entendu aussi dire cela. Mais nous sommes en politique, et il n’y a pas de problème politique sans solution. Cà n’existe nulle part. Même en Côte d’Ivoire, les gens sont arrivés à une accalmie. Pourtant, ils sont allés à la bagarre, et le chef de guerre est devenu aujourd’hui premier ministre ! Cela veut dire qu’il y a des solutions. Même dans des cas extrêmes, on a des solutions. A plus forte raison, nous ne sommes pas arrivés à ce niveau là actuellement. Je pense que nous pouvons avoir des solutions et nous devons tout faire pour en avoir.
Faut-il nécessairement le départ de Mathurin Nago, avant que la classe politique ne puisse s’entendre ?
Ça, je n’en sais rien. Je ne sais vraiment pas si c’est cela qu’il faut. Mais je pense qu’il y a un tout dans l’attitude politique que la majorité doit avoir. Je ne dis pas formellement que c’est cela qu’il fallait. Ceux qui demandent le départ de Nago aujourd’hui étaient là et ont voté pour lui, il y a moins de deux ans. Mathurin Nago ne s’est pas auto proclamé. Il a été élu, parce qu’on a fait un vote qui était secret. Si aujourd’hui il y a des exigences, il faut savoir qu’il y a un malaise quelque part. Je pense que si une discussion sérieuse était menée avec un certain nombre d’acteurs ou de partis politiques de notre pays, on n’en serait pas arrivé là.
Propos recueillis par Romain Toï et Léon Brathier
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